Entretien avec Jean Claude Pressac ...(4/4)

Il semble que pour vous, le révisionnisme aurait de bons côtés et qu'on pourrait

dialoguer avec eux, ce qu'un homme comme Vidal-Naquet refuse absolument.

Comment expliquer cette divergence?

Un Italien comme Carlo Mattogno est incontestablement devenu le meilleur chercheur

du côté révisionniste. Dans le premier numéro des

Annales d'histoire révisionniste du

printemps 1987, l'article principal est de lui et s'intitule «Le mythe de l'extermination

des juifs». La méthode utilisée par Mattogno repose sur la confrontation des

témoignages, habituel procédé faurissonien, et conclut, après avoir relevé leurs

multiples contradictions, à leur irrecevabilité et à l'inexistence des chambres à gaz. Il

ne cherche surtout pas à expliquer ces divergences. Au sujet du nombre des fours

d'incinération à Birkenau, existaient cinq fours trimoufle dans le crématoire II, idem

pour le III, deux fours quadrimoufle dans le crématoire IV, idem pour le V, soit en

tout 46 creusets incinérateurs. Lorsque le commandant Höss parle de 10 fours, il

évoque les 10 fours trimoufle des crématoires II et III. Quand il dit 15 fours, il s'agit

des quinze creusets incinérateurs équipant le crématoire II ou le III. Un ancien

médecin légiste juif hongrois, le Dr Miklos Nyiszli, ayant travaillé avec le Dr SS

Mengele au crématoire Il, y décrivit la marche des 15 fours, chiffre aussi avancé par

un membre du

Sonderkommando, Dov Paisikovic. Là encore, les deux témoins se

réfèrent aux 15 creusets incinérateurs des crématoires II ou III. Des situations

contradictoires peuvent pareillement être expliquées à condition de connaître

l'évolution des bâtiments crématoires. Höss affirme qu'«au bout d'un temps très court,

le crématoire IV fut hors d'usage et on ne l'utilisa plus jamais depuis» alors qu'un

autre SS de la Section politique, Pery Broad, soutient que «les quatre crématoires

marchaient à toute vapeur. Mais bientôt, à la suite d'une surcharge continue, les fours

tombèrent en panne, et seul le crématoire IV fumait encore». Höss fait référence

indirectement à la courte garantie de deux mois accordée par la firme Topf d'Erfurt

pour le double four quadrimoufle du crématoire IV parce que son utilisation était

excessive, ce qui provoqua son arrêt vers la mi-mai 1943. Höss évoque là un fait très

précis, confirmé par une note d'avis de l'ingénieur Kurt Prüfer du 8 avril 43, retrouvée

récemment dans les archives de l'ancienne Topf et une lettre du 10 avril 43, signée par

Ernst-Wolfgang Topf et conservée au musée d'Oswiecim depuis 1945. L'épisode du

crématoire IV «fumant» en solitaire - dans l'imaginaire de Broad - lors de l'été 1944 se

rapporte aussi à un moment déterminé de l'histoire de Birkenau: fin mai 1943. Seul le

V fonctionne, le II étant arrêté, le III inachevé et le IV hors service. Qu'il se soit

trompé de date et de crématoire est dans l'ordre des [643] choses. Les bureaux de la

section politique se situaient au camp principal d'Auschwitz, près du crématoire I.

Broad ne connaît que peu Birkenau où il se rend rarement, excepté parfois lors de

l'arrivée de convois. Une vue directe des crématoires IV et V n'est Pas possible de la

rampe de sélection de Birkenau et une confusion de bâtiment est vraisemblable. Par

contre, Broad a raconté avec justesse un épisode concernant l'exposition d'une

trentaine de photos des crématoires dans l'entrée des services de la Bauleitung

d'Auschwitz, parce qu'il a participé à son interdiction. Le nombre de photos connues

des crématoires de Birkenau est de 25 (en fait 26, car une du II manque toujours). Il

est très aisé de «démolir» un témoignage. Le replacer dans son contexte et l'expliquer

sont autrement difficiles.

Malgré ses limitations évidentes, ce premier travail révisionniste de Mattogno lui

ouvrit des pistes qu'il exploita ensuite: la question du nombre des juifs hongrois

déportés à Birkenau et celle du rendement des fours d'incinération de la Topf. Pour les

juifs hongrois, il eut raison dès 1987 en affirmant que les déportations durèrent de mai

à juin 1944, alors que Danuta Czech, la rédactrice polonaise du

Calendrier des événements au camp de concentration Auschwitz-Birkenau, 1939 -1945 et aussi

Wellers, qui utilisait cette source sans contrôle, soutenaient qu'elles s'étaient déroulées

de mai à octobre 1944. Wellers refusa de correspondre avec Mattogno sur ce sujet en

partant du postulat qu'on ne discute pas avec les révisionnistes. Un mandat

d'arrestation fut même lancé par un juge zélé contre Mattogno au cas où il pénétrerait

sur le territoire français. Czech avait publié dans les années soixante son Calendrier à

partir duquel WELLERS avait calculé le nombre des victimes d'Auschwitz (1,6

million au lieu de 4). Un second, corrigé, le fut en 1989. Des 91 convois répertoriés, il

n'en restait qu'une cinquantaine. Czech s'était trompée et avait assimilé des transferts

de camp à camp dans Birkenau à l'arrivée de convois. Ainsi lorsque Mengele avait

pris le 15 juillet 1944 deux jumeaux juifs hongrois du secteur dit «Mexico» pour les

placer à l'infirmerie du camp BIIf après les avoir immatriculés, Czech avait estimé

qu'un convoi de trois mille personnes était arrivé, que seules deux personnes avait été

sélectionnées et immatriculées et que les 2.998 restantes avaient été gazées. Comme

Czech ne se retrouvait plus qu'avec cinquante convois comptant 150.000 personnes au

lieu des 438.000 qu'elle croyait avoir été déportées à Auschwitz, elle augmenta pour

«compenser» le chiffre des convois de mai à juin en affirmant - sans preuves - que tel

jour, au lieu d'«un» convoi, «des» convois s'étaient présentés à Birkenau, se rendant

coupable de faux historique. Aucun mandat d'arrestation international ne fut pourtant

lancé contre CZECH. Quant aux comptes de Wellers, après la parution du

second Calendrier, ils ne valaient plus rien, ce qui m'empêcha pas les Polonais

d'utiliser les résultats erronés de Wellers comme une référence «sérieuse»...

Mattogno a aussi étudié le premier gazage homicide à Auschwitz, dit par les Polonais

s'être déroulé du 3 au 5 septembre dans les caves du Block II au camp principal. Ce

gazage, selon les Polonais, est la conséquence directe de l'ordre d'extermination des

juifs reçu par Höss à Berlin de la bouche de Himmler et ce, à l'été 1941, sauf qu'il

porte sur les prisonniers de guerre russes et des malades incurables et non des juifs.

Mattogno a conclu dans un premier temps que c'était une pure invention, puis dans un

second que cet épisode ne reposait sur aucun fondement historique. Je me suis

entretenu de cette question avec les Polonais. Voici la réponse un peu leste: «Ce

gazage a débuté le jour anniversaire d'un détenu qui y participait, donc il se souvient

exactement de la date». Le détenu en question, nommé Michal Kula, avait déclaré s'en

souvenir avec précision, puisque c'était le jour anniversaire de son arrivée au camp, le

15 août... et non le 3 septembre. On sait maintenant que Höss n'a pas reçu l'ordre de

tuer les juifs à l'été 1941, mais début juin 1942. Si ce premier gazage a eu lieu, il se

place en décembre 1941, voire en janvier 1942 et n'a aucun lien avec le massacre des

juifs.

La mise en doute des capacités incinératrices des fours Topf est une vieille affaire

déjà effleurée par Faurisson. Il lui avait suffi de consulter n'importe quel spécialiste

des crématoires civils actuels pour s'entendre répondre qu'une incinération normale -

corps et cercueil - demandait entre une heure et une heure et demie. En comparant ce

rendement avec celui obtenu dans les fours de Birkenau, capables selon les dires de

détenus de réduire en cendres vingt milliers de personnes par jour, ce qui représente la

crémation d'un cadavre en une dizaine de minutes, il avait crié à l'impossibilité

technique, ce qui était loin d'être original. Son «indignation» repose sur une double

erreur, car Faurisson avait rapproché deux méthodes d'incinération différentes, l'une

civile et l'autre concentrationnaire, et s'était appuyé sur les chiffres irréels avancés par

les détenus. Mattogno a essayé d'affiner le raisonnement du «maître» en étudiant les

possibilités techniques des fours d'incinération allemands avant la seconde guerre

mondiale. Il a véritablement ouvert avec cette investigation une nouvelle voie de

recherche qui, débarrassée des blocages révisionnistes, offre des perspectives

prometteuses, mais qui ne purent être exploitées qu'après la découverte début 1995

des archives de l'ancienne firme Topf et en particulier des plans et des documents

restants de la division D IV - celle des crématoires - de l'ingénieur Kurt Prüfer.


Mattogno, pour sa part, a confronté les fours des ingénieurs Volckmann et

Ludwig de Hambourg à ceux de la Topf d'Erfurt afin d'établir que le rendement de ces

derniers était insuffisant. Sans pièces d'archives, il ne peut que se fourvoyer, surtout si

son but est de démontrer que les fours Topf étaient de la camelote. La mise en avant

par Mattogno du four Volckmann-Ludwig, exploité par la firme H. R. Heinicke de

Chemnitz, est pourtant historiquement prémonitoire. Les essais du four Volckmann-

Ludwig ont conduit les deux inventeurs à opérer des incinérations en série à

Hambourg, autorisées parce que cette cité était une ville libre et non soumise aux

règlements prussiens sur l'incinération. Incinérer en série consistait à introduire un

premier cercueil dans le creuset incinérateur de ce four, puis une fois cette charge

réduite en cendres grossières, à les placer dans le cendrier de post-combustion où

s'achevait l'incinération pour obtenir des cendres fines et blanches. Le creuset étant

vide, on pouvait y enfourner un second cercueil. Mais, cette méthode impliquait la

présence simultanée de deux corps différents dans le four, ce qui était interdit

généralement dans les états allemands. Ainsi un rendement incinérateur de dix-sept

corps par jour pouvait être atteint. Ce qui fut pratiqué à Birkenau n'est que l'extension

de ce procédé. La rivalité entre les deux firmes, la Heinicke et la Topf, pour la

conquête du marché des crématoires civils allemands, a entraîné dès 1933 plusieurs

procès qui ne s'achèveront qu'en octobre 1948 à l'avantage de la Topf. Ce succès fut

commercialement mitigé mais techniquement écrasant, puisque M. Jaecker, le

propriétaire de la Heinicke, sans toutefois convenir que l'arrangement du four VL

avec ses injecteurs d'air froid était loin de valoir celui du four à air chaud de Prüfer,

regrettait l'absence de ce dernier - alors aux mains des Soviétiques - et déplorait que

les deux firmes ne se soient pas associées avant-guerre au lieu de s'entre-déchirer par

voie judiciaire. La phase terminale de ces procès fournit des informations techniques

nécessaires pour comprendre le développement des fours civils Topf avant-guerre,

l'élaboration du modèle à air chaud pouvant mener une incinération complète en

seulement 35-40 minutes, sa construction en Allemagne orientale jusque dans les

années soixante-dix et son exploitation dans ce pays jusqu'en 1993-1994. Quant à

l'incinération en série concentrationnaire, un rapport de septembre 1942 de l'ingénieur

Fritz Sander, le responsable de Prüfer, en décortique les divers aspects et montre

qu'une comparaison directe avec l'incinération civile n'est pas valable.

J'ai rencontré plusieurs fois Carlo Mattogno. Nos confrontations furent intéressantes

et instructives. J'ai cessé tout dialogue avec lui dès que je me suis aperçu qu'au lieu de

prendre acte des documents Topf que j'ai publiés, pièces incontestables puisque

rédigées par les ingénieurs de la firme, il se réfugiait derrière une argumentation de

mauvaise foi pour les nier.

Le refus de dialogue préconisé par Vidal-Naquet revient à dire hypocritement «Ne

faites pas ce que j'ai déjà fait». Quelques mois avant que Thion ne publie son

Vérité politique ou vérité historique?  Vidal-Naquet eut avec lui en présence d'un tiers un

entretien de plusieurs heures. Propos d'intellectuels, fiers de leur conscience de

gauche, de la justesse de leurs pensées et de la sûreté de leurs raisonnements. On parla

d'antisémitisme - habitude de gauchistes pour évoquer une attitude qui n'existe plus en

France, sauf dans leurs délires - on mentionna un petit «techniquement possible», on

s'épancha et on s'étendit de long en large sur les «croyances». Les véritables questions

matérielles ne furent pas abordées, étant indignes de ces beaux esprits littéraires. Des

lettres furent échangées entre Vidal-Naquet et Thion. On s'y tutoie tendrement. Y sont

mentionnées une seule fois des chambres à gaz, mais dans le cadre de l'action T 4

(euthanasie des malades mentaux) et sans rapport avec les gazages homicides

d'Auschwitz. Tout cela est lamentable et nul. Le dénominateur commun de Vidal-

Naquet et Thion est que l'argent qui les fait vivre vient de l'Éducation nationale,

comme pour Faurisson. Le plus instructif de ces échanges révélés par Thion est la

stupéfiante versatilité de Vidal-Naquet. Faurisson, ayant avancé que le «Journal»

d'Anne Frank est un faux, Vidal-Naquet l'admit. Puis, à la suite de la publication d'un

rapport d'expertise hollandais, il patronna une édition du Journal révisé. Dans une

affaire beaucoup plus grave et après dénonciation justifiée de Gitta Sereny, Vidal-

Naquet rejeta Au nom de tous les miens de Martin Gray, écrit par Max Gallo, le

passage du «témoin» à Treblinka ayant été inventé. Ce qui n'empêcha pas la

réalisation d'un film comportant l'épisode Treblinka, passé et repassé à la télévision.

Une bande dessinée fut même entreprise, réalisée par un des plus célèbres graphistes

français, Paul Gillon. Deux albums évoquant la vie du Ghetto de Varsovie parurent.

Mais la série capota devant Treblinka et le troisième album devant traiter du camp

d'extermination et de ses huit chambres à gaz ne vit pas le jour, et pour cause. Malgré

cela, Vidal-Naquet, ayant rencontré Gray et au vue d'«attestations» polonaises que ce

dernier lui montra, reconnut s'être trompé et la réalité de son séjour à Treblinka. Les

«attestations» ne furent jamais rendues publiques.

Lorsque mon livre fut publié, je reçus de Vidal-Naquet une lettre de félicitations où il

reconnaissait qu'il n'avait jamais pensé que mes recherches techniques puissent

aboutir et déboucher sur un tel résultat. 
Trois jours après, je recevais une lettre de réprimandes, regrettant la première,

parce que j'avais expliqué à un journaliste du Monde pourquoi un amateur avait pu et dû s'occuper de cette question. Les - plus nombreux qu'on ne le pense - universitaires qui l'ont abordée, se trouvèrent après étude du dossier reposant en majorité sur des témoignages et, faute de documents inconnus, SS ou techniques, qu'ils auraient découverts dans les archives s'ils s'en étaient donnés la peine, devant un choix crucial.

Soit continuer en basculant du côté faurissonien et compromettre sa carrière, soit

abandonner le sujet pour conserver son poste. Le journaliste avait résumé mes dires

par «couardise» universitaire, mot que je n'emploie pas - j'aurais utilisé «lâcheté»,

mais qui s'applique parfaitement à l'attitude des dits «professeurs» face à ce thème

sensible. Vidal-Naquet peut se comparer à une girouette creuse tournant au vent des

publications et de l'actualité parce que lui-même n'a pas entrepris de recherche

fondamentale pour étayer ses déclarations péremptoires et moralisatrices.


J'avoue ne pas comprendre l'intérêt que vous portez, de même que Carlo Mattogno,

aux fours d'incinération non concentrationnaires puisque l'argument essentiel des

révisionnistes est la négation des chambres à gaz. Comment l'expliquez-vous?

L'étude des fours en elle-même est fastidieuse pour le commun des mortels. L'intérêt

vient des retombées. D'ailleurs, s'en tenir aux fours Topf est trop limité et c'est

l'ensemble des fabrications de la firme d'Erfurt qu'il faut prendre en compte parce que

quatre de ses domaines d'activité se rapportaient à la machinerie du meurtre de masse.

Un: l'incinération des corps par sa division D IV (ingénieur Prüfer avec les

responsables des quatre sous-divisions de la D, les ingénieurs Sander et Erdmann).

Deux: l'aération et la désaération des locaux, la climatisation, par sa division B

(ingénieur Schultze); Trois: le gazage des réserves de céréales à l'Areginal - sous

forme liquide jusqu'a 32'C comme l'acide cyanhydrique l'est jusqu'a 27'C - par sa

division A. Quatre: la fabrication de portes métalliques étanches au gaz par sa division

C. Comme seules les divisions D IV et B furent sollicitées par les SS, cette

polyvalence inutilisée éclaire différemment le dit génocide des juifs.

Malgré ses écrits officiels, Mattogno reste très réservé sur l'impossibilité technique

des chambres à gaz homicides. Pour lui, le Schwerpunkt se situe au niveau des fours

Topf, insuffisants pour incinérer quotidiennement des milliers de prétendus gazés. Il

représente la position de retrait des révisionnistes, à activer au cas où la première

ligne de Fau[648]risson s'effondrerait. Il est important de connaître ses travaux afin de

le combattre sur son terrain. Mais ce combat devient mineur face aux données

nouvelles dégagées par l'étude des fours, ou mieux de l'incinération en général. Il

s'agit de la question des fumées. Tous les détenus survivants des camps de

concentration nazis - sauf de rares exceptions - parlent de cheminées fumant vingtquatre

heures sur vingt-quatre en crachant de hautes flammes visibles à des kilomètres

aux alentours. Les révisionnistes, après avoir étudié toutes les photos aériennes

d'Auschwitz-Birkenau prises de mai 1944 à janvier 1945, affirment ne voir aucune

fumée sortir des cheminées des crématoires, ce qui, pour eux, signifie qu'ils ne

fonctionnaient pas, et ce en plein massacre des juifs de Hongrie.

Lors du premier congrès européen sur l'incinération à Dresde en 1878, des règles

strictes furent définies pour la conduite des incinérations. Les entreprises édifiant les

fours durent s'y soumettre. L'une de ces règles indiquait que «les produits de

l'incinération ne doivent pas empester le voisinage». Les fumées et les odeurs étaient

proscrites. La firme Topf, dont l'activité première, dès sa fondation, était la

construction des foyers en tout genre, avait la hantise des émissions de fumées, signe

d'un mauvais réglage du foyer. Un de ses prospectus commerciaux interpellait les

futurs clients avec cet avertissement: «Si votre cheminée fume, vous perdez de

l'argent». Les fours d'incinération TOPF ne fumaient pas et ceux des firmes

concurrentes non plus. Au début de sa carrière, le four Volckmann-Ludwig fut accusé

d'émettre des fumées noires, ce qui était la pire critique qu'on puisse porter contre lui.

Certaines photos des centres d'euthanasie dépendant de l'action T 4 les montrent avec

une abondante fumée montant au ciel et censée prouver qu'on y brûlait les corps des

malades mentaux tués. Ce sont de vulgaires montages photographiques. Le ou les

fours d'incinération de ces établissements de soins, construits souvent avant leur

affectation à la T 4, ne devaient pas fumer, puisque l'installateur y avait été contraint

par les règlements et la concurrence du marché.

Interrogé sur l'incinération concentrationnaire par les Soviétiques après son arrestation

en mars 1946, Prüfer leur en expliqua les caractéristiques. Les fours d'incinération

civils fonctionnent avec de l'air préalablement chauffé, si bien que le cadavre

s'incinère plus vite et sans fumées. Comme les fours dans les camps furent structurés

autrement, l'emploi de ce procédé était impossible. Les cadavres s'incinéraient plus

lentement et des fumées se développaient. Pour contrer cela, il suffisait de pulser de

l'air dans le creuset incinérateur. En effet, les trois fours bimoufle du crématoire 1 du

camp central d'Auschwitz étaient équipés de souffleries. Les fours trimoufle montés

au crématoire de Buchenwald et dans les crématoires II et III de Birkenau

pareillement. En opérant ainsi, avec une technique identique au soufflage d'air sur un

feu de forge, Prüfer obtenait une durée de crémation proche de ses fours civils et

évitait la formation de fumées. Par contre, les fours à huit moufles des crématoires IV

et V n'en comportaient pas, mais compensaient cela par un fort tirage avec deux

cheminées de seize mètres de haut. Quant aux fours concentrationnaires de la

Heinrich Kori de Berlin, chauffés au mazout ou au coke, ils furent fabriqués ou édifiés

sans ventilateurs.

Toute généralisation est à exclure. La contestation de Rassinier provient d'une

généralisation abusive affirmant que tous les camps de concentration possédaient une

chambre à gaz [la contestation de Rassinier ne porte pas sur les chs [chambres?] mais

sur la fausseté des témoignages sur les camps et sur la responsabilité pour le moins

partagée dans le déclenchement de la deuxième guerre mondiale et dans les crimes

qui y furent commis, pour lesquels les preuves élémentaires n'avaient pas été

apportées. Il suffit de le lire pour le comprendre. Les chambres à gaz n'ont jamais été

un thème central pour Rassinier.] Pour les fours, chaque situation est à traiter

séparément et en fonction de la chronologie. Le nouveau crématoire de Maïdanek fut

équipé de cinq fours Kori monomoufle groupés sans ventilateur et reliés à une

cheminée collective. Dire que cette cheminée fumait est vrai. Le nouveau crématoire

de Dachau reçut quatre fours Kori monomoufle sans ventileurs donnant dans une

cheminée qui, bien sûr, fumait. A la libération, la suie maculait extérieurement

presque toute la hauteur de la cheminée. Le four Kori chauffé au coke et sans

ventilateur du crématoire de Natzweiler-Struthof avait une cheminée métallique. Elle

rougeoyait et fumait. Par contre, la cheminée du crématoire-I d'Auschwitz avec ses

trois fours bimoufle Topf n'a jamais fumé. Aucun des milliers d'anciens détenus

polonais, qui ont vécu à deux pas de ce crématoire, ne s'est plaint ni des fumées ni de

l'odeur. La villa où vivait la famille de Höss est à proximité directe du crématoire-I. Si

Prüfer n'avait pas fait son métier correctement, il ne fait aucun doute que l'ingénieur

se serait fait rabrouer et qu'il n'aurait jamais pu obtenir les contrats suivants pour

Birkenau. Car là, tout change miraculeusement. Au crématoire-II, même fours Topf,

mais trimoufles, ventilés comme les bimoufles et connectés à une grosse cheminée

collective. De celle-ci, jaillissaient d'immenses flammes de deux ou trois mètres de

haut se terminant par une grande colonne de fumée «obscurcissant les cieux». Une

scène du film

La liste de Schindler illustre avec un criant réalisme cette image

symbolique, sans rapport avec la réalité, et que même David Olère dessinera. Olère

m'a raconté pourquoi il avait été obligé de présenter ainsi le crématoire-III. Rentré de

déportation très faible, il dut s'aliter et pourtant, les gens se pressaient à son chevet

pour lui demander des nouvelles des leurs. Afin de leur faire comprendre le drame

avec une simplicité frappante, Olère dessina le crématoire-III en vue aérienne avec sa

cheminée crachant une fumée noire renfermant des visages des morts. En répondant

par cette allégorie aux questions, il eut la paix et put se reposer. Dans ses dessins

ultérieurs, Olère continuera a représenter [650] les cheminées expulsant feu et fumée.

Illustrant une des trois fosses d'incinération en activité derrière le crématoire V en

mai-juin 1944, il figura ce dernier avec ses deux cheminées crachant des flammes

alors que le four à huit moufles était arrêté.

J'ai fait réaliser par Mme Vaillant-Couturier un mini-sondage auprès des anciens

détenus de Birkenau sur les fumées dont ils se souvenaient durant l'été 1944. Sur six

interrogés, tous répondirent que les cheminées fumaient. Trois que les fumées étaient

blanches, trois qu'elles étaient noires. Quoique nulle fumée ne s'élevât des cheminées

des crématoires-Il et III, les témoins ne mentent pas, ils confondent. Ils décrivent des

fumées, blanches ou noires, suivant les moments, qui provenaient des fosses

d'incinération à ciel ouvert du crématoire V et les assimilent à l'ensemble des quatre

crématoires. Comme preuves, existent deux photos prises par la résistance polonaise

de la fosse nord du crématoire V avec de la fumée blanche et deux photos aériennes

du 31 mai 1944 de cette fosse en activité avec un croissant de fumée noire s'élevant

au-dessus. Le plus dérisoire, ce sont les explications révisionnistes. Faurisson raconte

que la fumée blanche provient de feux de branches de bouleaux, allumés pour chasser

les odeurs. Lesquelles? Mystère. Quant à John C. Ball qui a véritablement découvert

les photos aériennes du 31 mai 1944 et qui est un expert dans l'interprétation de telles

vues, il ne les voit pas. C'est beaucoup plus simple.

En résumé, les révisionnistes se servent d'un fait vrai, absence de fumées au dessus

des crématoires II et III, fait confirmé techniquement et photographiquement, et

s'appuient sur une donnée imprécise, les dires des anciens déportés à Birkenau [ce

qu'on appelle des témoignages, c'est-à-dire des déclarations reçues en justice comme

faisant foi], pour conclure qu'il n'y a pas eu de massacre, que le camp était un camp de

vacances entouré d'une calme campagne où travaillaient de paisibles agriculteurs

polonais et que les chambres à gaz sont une triste fumisterie.


Quels sont vos projets pour l'avenir?

J'attends depuis des années le ou les livres de Carlo Mattogno dans le ou lesquels il

devrait démanteler brique par brique - parce qu'on étudie des fours - mon travail sur

les crématoires d'Auschwitz. Faites comme moi, prenez votre mal en patience et

attendez ce formidable travail qui anéantira le mien.

Trêve de plaisanterie. Après y avoir été autorisé par le directeur, Mrudo Braun, je suis

en train d'étudier les documents techniques restants de la TOPF conservés dans les

caves de l'usine d'Erfurt qui se dénomme depuis la chute du Mur de Berlin l'

Erfurter Malzerei und Speicherbaun , en abrégé «EMS». Ce que j'ai retrouvé confirme la

justesse de mon livre à près de 90-95 %. C'est ce qui me gêne le plus, car ne

restent que des points mineurs à rectifier. Heureusement, la découverte de 33.000

photostats de plans de la firme, illustrant son activité de 1932 à 1948, permet d'en

extraire près de 600 plans de la division «Construction de crématoires» et de suivre

presque au jour le jour sa production et l'évolution des recherches menées par

PRÜFER pour aboutir au four d'incinération Topf à air chaud. De plus, le dossier des

procès Heinicke contre Topf et vice versa renferme six plans originaux, choisis par

Prüfer, pour illustrer le développement de ce four. Le futur livre négateur de

Mattogno, s'il paraît un jour, ne pourra rien contre les pièces techniques Topf

retrouvées.

En 1996, je commencerai un livre sur l'entreprise Topf, de sa création à Erfurt en

1878 à sa dissolution pour sa partie occidentale à Wiesbaden en 1963. Portant

essentiellement sur le degré d'engagement et la responsabilité de la firme dans les

marchés concentrationnaires, sur les questions d'incinération, il abordera aussi

certaines méthodes de gazages qui furent aussi une spécialité de la Topf. Les

documents Topf éclairent le début de l'incinération concentrationnaire durant le très

dur hiver 1939-1940 (dossier «Krematoriumbau, Schawkin, SMA», photostat n'

19.455 du crématoire du camp de Dachau avec deux fours civils chauffés

électriquement et archives familiales Topf), en expliquent les paramètres (rapport

Sander de septembre 1942), donnent la véritable cadence incinératrice des crématoires

de Birkenau (note de Prüfer de septembre 1942), prouvent une fois de plus mais est-ce

bien nécessaire? - l'aménagement d'une chambre à gaz dans le crématoire Il (note de

Sander de février 1943) et apportent des réponses à des épisodes à peine mentionnés

dans la correspondance connue (cas de l'hypothétique crématoire du camp de travail

de Krakau-Plaszow avec le photostat n' 35. 284). Y seront de plus traitées toutes les

chambres à gaz nazies et plus particulièrement celles utilisées dans les camps de la

mort, mais ce, sous une forme qui reste à définir et avec des résultats inhabituels.

 


Quelles sont vos conclusions sur toute cette affaire?

Michel de Boüard, ancien «Nacht und Nebel» à Mauthausen, a estimé que «le dossier

[du système concentrationnaire] est pourri». D'une part, le ressentiment et la

vengeance, ont primé sur l'apaisement. Puis la mémoire sur l'histoire. D'autre part, la

mainmise des communistes sur les principaux organes de commande dans les camps,

la formation après la libération d'associations sous leur contrôle et l'établissement

durant cinquante ans d'une histoire des camps «démocratiquement populaire», ont

introduit le virus de la langue de bois antifasciste. Approxima[652]tion, exagération,

omission et mensonge caractérisent la majorité des récits de cette période. Le discrédit

unanime et sans appel dont sont frappés les écrits communistes ne peut que déteindre

sur une expérience concentrationnaire viciée par leurs idées et l'annihiler.

Peut-on redresser la barre?

Il est trop tard. Une rectification générale est humainement et matériellement

impossible. Tout changement historique entraîne une dévalorisation de cette mémoire

fixe et présentée comme définitive. Or, de nouveaux documents surgiront

inévitablement et bouleverseront de plus en plus les certitudes officielles. La forme

actuelle, pourtant triomphante, de la présentation de l'univers des camps est

condamnée. Qu'en sauvera-t-on? Peu de choses. En effet, magnifier l'univers

concentrationnaire revient à résoudre la quadrature du cercle, à transmuter le noir en

blanc. La conscience des peuples n'aime pas les histoires tristes. La vie d'un zombi

n'est pas «porteuse», d'autant que la douleur subie a été ensuite exploitée et

monnayée: décorations, pensions, postes, influence politique. On ne peut à la fois être

victime et privilégié, voire bourreau à son tour.

De tous ces faits, terribles parce qu'ayant provoqué la mort de femmes, d'enfants et de

vieillards, ne survivront que ceux établis. Les autres sont destinés aux poubelles de

l'Histoire.