Entretien avec Jean Claude Pressac...( 2/4 )

(suite...)

Les commentaires sur la chambre à gaz du Struthof sont pareillement absurdes ou

noircis, faute de connaissances -historiques. Souvent, le gazage homicide des 86 juifs

et juives était présenté comme ayant été effectué en versant des granules de Zyklon-B

dans l'entonnoir avec robinet pour les liquides. De nouveau, une impossibilité,

physique cette fois-ci. Après ces gazages criminels, des expériences de protection

contre un gaz toxique, le phosgène, par ingestion ou injection d'urotropine

(hexamethylènetétramine) furent pratiquées dans la chambre à gaz. Une première

série de onze expériences sur les détenus allemands volontaires, menées correctement

par un civil, le Professeur BICKENBACH, en décembre 1943, ne provoqua aucun

décès et montra que Furotropine apportait une protection relative contre les effets du

phosgène. Une expérience se déroulait comme suit: deux sujets, ayant absorbé per os

ou reçu en injection intraveineuse de Furotropine, pénétraient dans la chambre à

gaz avec une ampoule contenant quelques grammes de phosgène. La porte fermée,

l'un d'eux jetait à terre l'ampoule qui se brisait, permettant au gaz de se dégager; au

bout de vingt minutes, Bickenbach estimait la concentration restante du phosgène

dans la pièce en aspirant du gaz qui passait dans un appareil mesurant la conductibilité

électrique du flux gazeux; l'appareil de mesure était relié par un tuyau souple à un

embout métallique traversant la porte de la chambre à gaz; puis, le ventilateur, mis en

route, chassait le gaz et les détenus sortaient enfin de la pièce. En mai 1944, une

seconde série fut pratiquée par HIRT qui estimait que les essais de Bickenbach

n'étaient pas assez proches des conditions du champ de bataille. Opérant lui-même et

ne tolérant la présence de Birckenbach que pour mesurer les taux résiduels de

phosgène, FIRT utilisa des détenus tsiganes condamnés à mort en quatre groupes de

quatre sujets (deux étant des témoins de contrôle ne recevant qu'une injection d'eau

salée et deux autres étant protégés avec de 1'urotropine, l'un per os et l'autre en

intraveineuse). L'augmentation des concentrations de phosgène aboutit à la mort de

quatre des seize sujets par oedème aigu du poumon. L'embout fixe à la porte de la

chambre à gaz est présenté comme un tube d'adduction des gaz, c'est à dire pour

amener du gaz dans la pièce. Sa fonction a été inversée, passant d'un rôle extracteur à

un rôle introducteur.

Toujours dans le bâtiment de la chambre à gaz, qui était avant la guerre un restaurant

servant aux skieurs des repas bon marché, se situent trois cuves carrelées ayant servi à

conserver de la choucroute ou des pommes de terre. Ces cuves furent dites «fosses à

formol servant à la conservation des corps des victimes de la chambre à gaz».

Explication doublement erronée, car les corps, conservés dans les cuves de l'Institut

d'anatomie de Strasbourg l'étaient non dans du formol - méthode empêchant toute

manipulation ultérieure par rigidité des tissus - mais dans de l'alcool synthétique à 55

degrés.

On est atterré par l'imbécillité des explications avancées dans cette affaire qui, même

spectaculaire, n'est que mineure dans l'histoire des camps. Et lorsqu'on étudie, camp

après camp, les gazages homicides qui y furent pratiqués, émerge une accumulation

de bêtises plus sottes et débiles les unes que les autres ce qui prouve le pitoyable

niveau de la science concentrationnaire, basée exclusivement jusqu'à nos jours sur les

«sacro-saints» témoignages.


D'après vos dires sur l'état des connaissances concentrationnaires, pourquoi n'êtesvous

pas resté révisionniste?

C'est justement lors d'une séance de travail avec Faurisson sur les dossiers de la

Justice militaire française concernant le Struthof qu'a retenti à mes oreilles le

premier des signaux d'alarme qui m'ont conduit à quitter Faurisson au bout de six

mois de collaboration.

Il s'agit encore du gazage des 86 victimes juives du Struthof. A leur arrivée au K. L.

Natzweiler, elles étaient en fait 87 et venaient d'Auschwitz où elles avaient été

sélectionnées pour leurs caractéristiques morphologiques. Tout mouvement de

détenus était inscrit sur les états SS hebdomadaires des effectifs du camp. Celui du 14

 août 1943 indique la sortie pour cause de décès de trente juifs. Celui du 21 août, la

sortie de 57 juifs aussi par décès. Normalement, le motif de chaque décès, qui devait

être de plus déclaré à la Mairie de Natzweiler, était soigneusement noté, par exemple,

maladie, tentative d'évasion, pendaison, fusillade, etc. Même si la raison était

inexacte, elle devait administrativement figurer au verso du rapport d'effectif

hebdomadaire. Or, dans le cas de ces 30 et 57 (87 en tout) détenus juifs, aucune

explication n'est donnée sur la ou les raisons de ces morts soudaines et massives.

Faurisson, gêné par cette évidence, ayant remarqué que le rapport de début août

mentionnant l'entrée des 87 juifs était imprimé en caractères romains et que les deux

de sortie l'étaient en gothique, déclara froidement que les SS s'étaient trompés de ligne

et que les juifs avaient été libérés (ligne au-dessus), ce qui expliquait le défaut

d'annotation au verso... Certaines réflexions ont le pouvoir de dessiller radicalement

les yeux. Celle de Faurisson l'eut.


Le deuxième signal d'alarme vint du «rapport Fabre». Fabre était un professeur de

toxicologie de la Faculté de Pharmacie de Paris. A ce titre, il réalisa, à la demande de

la justice militaire, une recherche de cyanures sur les cadavres restants de l'Institut

d'anatomie de Strasbourg et dans la chambre à gaz du Struthof. Le résultat fut négatif

dans les deux cas. Faurisson comptait énormément sur ce rapport qui, en apparence,

abondait dans son sens. Pas de traces de cyanures, donc pas de gazages homicides.

Mais lorsqu'on reprend les données propres à ces gazages, on s'aperçoit que la

conclusion négative du rapport Fabre était hautement prévisible pour la chambre à

gaz. Sol: en béton, donc lavable. Revêtement des murs: carreaux blancs, lavables

pareillement. Nombre de gazages: probablement trois. Durée d'application de l'acide

cyanhydrique: 5 à 10 minutes. Évacuation du gaz: par un ventilateur en hauteur,

pendant environ un quart d'heure. Fabre dut racler le plafond pour prélever des

échantillons. Mais retrouver des cyanures avec une si faible utilisation et un temps de

contact aussi bref est illusoire. Malheureusement, le rapport ne figurait pas dans les

pièces du procès et reste toujours introuvable. Pour Faurisson, c'était une preuve

supplémentaire qu'on «lui dissimulait un fait capital». Pour moi, qui suis pharmacien

de métier, ce fut la deuxième fois que j'en vins à douter de la validité des

arguments de Faurisson.


Avez-vous alors quitté Faurisson?

Non. Même si je commençais à comprendre que Faurisson avait, lui aussi, ses limites,

mes doutes concernant les crématoires n'avaient pas été éclaircis. Faurisson amplifiait

mes interrogations initiales, sans y apporter de réponses convaincantes. Si je voulais

voir clair dans cette affaire, il fallait que je m'y investisse personnellement et non

dépendre des dires d'un monsieur qui dérapait parfois. C'est la question d'argent qui

dicta les rôles. Contrairement aux déclarations hystériques du président de la LICRA,

Jean-Pierre BLOCH, affirmant que la Libye finançait les révisionnistes, ces derniers

n'avaient pas le sou. Or le dossier de Faurisson relatif au K. L. Auschwitz était assez

maigre et un complément de documentation lui était nécessaire. Ce qui signifiait de

nouvelles études au musée d'Oswiecim. Faurisson ne pouvait s'y rendre, craignant un

refus de consultation. De plus, ses seules ressources provenaient de son salaire versé

par l'Éducation nationale. N'étant pas «indésirable» à Oswiecim et étant le seul à

pouvoir payer mes déplacements, c'est moi qui repartis en Pologne en août 1980.

 

En arrivant aux archives du musée, je me trouvais dans une position délicate. J'étais

censé n'en savoir pas plus que lors de ma dernière visite et ce n'était plus vrai. J'avais

engrangé un acquis révisionniste important et ma vision des crématoires comme

parfaits instruments de mort s'était modifiée. J'ai voulu vérifier la thèse de Faurisson

et j'ai cru à sa validité deux jours. C'est-à-dire que, face aux ruines des crématoires de

Birkenau et aux archives SS du musée, la thèse de Faurisson sur l'impossibilité des

gazages homicides massifs n'a tenu que deux jours.

Connaissant parfaitement le plan du sous-sol du crématoire II, il me fut facile d'en

retrouver l'arrangement dans les ruines restantes. Je découvris au niveau de sa «cave à

cadavres-1», la dite chambre à gaz, des ouvertures ne figurant pas sur le plan. Je suis

descendu dans l'une d'elles et vis un conduit séparé avec clapet qui semblait

communiquer avec le trajet de reprise d'air de la pièce. Même constatation pour les

autres ouvertures. La chambre à gaz m'a paru alors plus trouée que du gruyère et

incapable, faute d'herméticité, d'assurer le moindre gazage homicide à l'acide

cyanhydrique. Là, j'ai cru que Faurisson avait vu juste.

Le lendemain matin, ayant soigneusement répertorié mes arguments dans la nuit, j'ai

attaqué Iwaszko sur le plan Bauleitung n' 932. Tout y est passé: la double porte inepte

avec un sens d'ouverture inverse de ce qu'il aurait dû être; une aération haute et une

désaération basse alors que, pour une chambre à gaz, le contraire était impératif;

l'évacuation des eaux usées chargées de gaz prussique communiquant directement

avec les WC des médecins SS au rez-de-chaussée; le manque d'ouvertures pour le

versement du Zyklon-B; l'avancée de la glissière à cadavres gênant le passage des

victimes du vestiaire à la chambre à gaz; l'absence sur le plan de l'escalier d'accès au

vestiaire, pourtant visible dans les ruines et manifestement ajouté après; enfin, la

présence de trois ou quatre ouvertures autour de la chambre à gaz non mentionnées

sur le plan que j'avais découvertes. En conclusion, affirmer que la «cave à cadavres-

1» du crématoire Il était une chambre à gaz homicide ne tenait pas. Là, Iwaszko fut

grandiose. Il ne répondit pas, sortit de la salle de consultation des documents où nous

nous trouvions, me laissant savourer ma victoire, et revint avec UN plan SS, le n'

1300 du 18 juin 1942, intitulé "Krematorium-Entwässerung/Crématoire [II]-

Évacuation des eaux». De ma vie, je n'ai jamais reçu une telle gifle - au figuré bien

sûr.

Le «1300» répondait en tout à mes remarques concernant le drainage du crématoire-

II. L'évacuation des eaux usées avait été modifiée par les SS de la Bauleitung en juin

1942: le conduit menant dans une fosse de décantation reliée aux WC de la salle

d'autopsie avait été obturé. Les eaux usées de la «cave à cadavres-1» sortaient à part,

passant par le puisard dans lequel j'étais descendu et rattrapaient le conduit principal

venant du crématoire, qui se dirigeait vers un lointain fossé d'évacuation. Grâce à

cette nouvelle disposition évacuant séparément les eaux chargées de toxique, les SS

pouvaient gazer en toute sécurité. J'ai fait comprendre à Iwaszko que, si son plan

répondait parfaitement à mes critiques sur le drainage du crématoire, en levant des

impossibilités physiques de taille, il en restait d'autres inexpliquées. Nous avons passé

un accord. Pour lever mes doutes, il me fournirait à étudier tous les plans des

crématoires dessinés par la Bauleitung SS d'Auschwitz. Quand je serais convaincu, je

devrais le lui dire. Iwaszko m'a offert ces facilités parce que j'ai su dire que je m'étais

trompé sur le drainage et que je n'étais pas de mauvaise foi.

 

A ce moment-là, je pensais que la thèse de Faurisson était encore à moitié valable et

que l'étude intensive des plans SS me permettrait de conclure définitivement, dans un

sens ou dans l'autre. Je comptais «boucler» cette recherche rapidement, en un ou deux

voyages supplémentaires en Pologne. Je sous-estimais gravement des données et des

facteurs qui m'échappaient. D'abord la masse d'archives à étudier. J'ignorais qu'une

bonne dizaine d'entreprises civiles avaient participé à l'édification de ces bâtisses, que

deux d'entre d'elles, la Huta de Kattowitz et la Konrad Segnitz de Beuthen, avaient

dessiné leurs propres plans et qu'existaient [625] en sus des dossiers d'avancement des

chantiers rédigés par les contremaîtres de ces entreprises. J'ignorais le rôle essentiel de

la firme Topf et fils d'Erfurt, conceptrice des fours d'incinération et responsable de

leurs montages. Je pensais que les deux plans du crématoire-I publiés par Faurisson

étaient les seuls. C'était faux. Donc, si je voulais obtenir un résultat sûr et indiscutable,

je devais étudier tous les documents conservés au musée se rapportant aux

crématoires d'Auschwitz. Se posait aussi le problème de la duplication des documents.

Photocopier est simple comme bonjour à l'Ouest. Mais dans les républiques

populaires d'alors, les photocopieuses étaient rares, souvent en panne et pratiquement

inutilisables. Je dus passer par la photographie des pièces sélectionnées. Comme le

musée d'Oswiecim ne disposait que d'un laboratoire photo dans lequel travaillaient

trois employées dont deux étaient souvent absentes, se procurer des copies ne fut pas

une mince affaire et s'étala sur des mois.

Cette étude, beaucoup plus longue que prévue, a nécessité une vingtaine de

déplacements en Pologne et a duré de nombreuses années. J'ai suivi une sorte

d'enseignement universitaire libre, avec Iwaszko comme professeur au départ, puis

tout seul ensuite quand j'ai commencé à dégager des résultats qui étaient en

contradiction avec l'histoire communiste du camp. Peu à peu, ma ténacité dans cette

recherche a payé. Les portes se sont ouvertes progressivement. Iwaszko répondait à

toutes mes demandes de consultations - mêmes injustifiées - de documents. Si je

voulais visionner un film sur le sujet, une salle de projection était ouverte pour moi

seul. Iwaszko a eu beaucoup de mal à saisir que je vivais à un rythme occidental et

que lorsque je perdais du temps, je perdais aussi de l'argent, car ces voyages me

coûtaient cher. Puis les Polonais s'habituèrent à mes passages exigeants et bruyants.

Mes derniers séjours aux Archives créaient un tourbillon de demandes de dossiers, de

photocopies (enfin!) urgentes, de clichés de plans à réaliser immédiatement. J'étais

devenu - aux yeux des historiens du musée d'Oswiecim - le meilleur spécialiste de

cette question.


Quels ont été vos premiers résultats et êtes-vous arrivé à une conclusion?

Les premiers résultats obtenus furent de deux sortes. Concernant l'histoire du camp, la

démonstration que les crématoires avaient été projetés comme des installations

sanitaires normales, puis aménagés en centres de liquidation des «juifs inaptes au

travail», c'est-à-dire les femmes, les enfants et les vieillards. Cela peut paraître ne rien

changer au fait de la tuerie des juifs, mais la question cruciale était et est toujours:

quand l'ordre a-t-il été donné? Faute d'un document écrit, on s'en rapporte aux dires

des SS. Selon le commandant Höss, à l'été 1941. Or, la transformation criminelle

des crématoires fut entreprise fin novembre 1942. Cet écart d'un an ne peut

s'expliquer que si Höss s'est trompé de date. Affirmer que Höss reçut l'ordre de

liquidation début juin 1942 implique que tous les livres écrits depuis cinquante ans sur

cette question et indiquant comme prise de décision du massacre l'été 1941 sont

inexacts et à revoir. Tel était le premier résultat d'une simple étude des dossiers de la

Bauleitung SS d'Auschwitz et qui aurait dû être effectuée depuis longtemps. Quant à

la thèse de Faurisson, ce fut une exécution. Lorsque j'ai commencé à consulter les

plans et les dossiers de construction des crématoires, de nombreuses difficultés

surgirent. L'écriture de quelques plans était en gothique manuscrit que je ne lisais pas.

Je dus décomposer les mots lettre par lettre. J'ai abordé les dossiers de construction

avec un allemand scolaire, sans plus. Je travaillais en recherchant des mots clés:

«Gas/gaz, Gaskammer/chambre à gaz, Gastür/porte à gaz, Gasdichte Tür/porte

étanche au gaz, Ofen/four, Einäscherungsofen/four d'incinération,

Verbrennungsofen/four de crémation, Einäscherungsanlage/installation d'incinération,

Krematorium/ crématoire». Dès que j'en trouvais un, je cherchais à saisir dans quel

contexte il était employé. Souvent, j'appelais Iwaszko pour m'aider à déchiffrer ou à

comprendre. Ces dossiers n'avaient pas été étudiés par les historiens polonais parce

que, étant manuscrits, ils étaient difficilement lisibles. C'est sous le crayon d'un

contremaître de l'entreprise civile Riedel et fils de Bielitz que j'ai trouvé les deux

premières «traces criminelles» concernant le crématoire IV. Ce que je désigne de

«traces criminelles» découle de l'aménagement d'un crématoire normal, destiné à

incinérer les morts et comprenant essentiellement une ou des morgues, une salle

d'autopsie légalement obligatoire, une salle du ou des fours et une cokerie, en un

crématoire anormal car comportant une chambre à gaz homicide. Cet aménagement

ou cette transformation nécessite des équipements particuliers dont on retrouve

mention dans la correspondance SS ou les journaux de chantier des entreprises civiles.

Une définition plus juste serait «traces d'aménagement criminelles». La recherche de

telles «traces» n'est pas envisageable si les crématoires sont considérés comme étant

criminels dès le début, ainsi que l'ont cru les historiens polonais pendant quarante ans.

Dans le dossier de construction du crématoire IV par la RIEDEL ET FILS, figuraient

sous la rubrique «Travaux à effectuer» les indications suivantes: le 28 février 1943,

«Poser fenêtres étanches au gaz» et le 2 mars, «... sol à bétonner dans chambre à gaz».

Plus tard, dans le dossier de la menuiserie du camp, j'ai découvert une commande de

«12 portes étanches au gaz d'environ 30/40 cm» - en fait des fenêtres vu les

dimensions - datée du 13 février et livrée le 26. Les dates concordaient

parfaitement. Enfin, dans une pièce du crématoire 1, se trouvent exposées trois

de ces fenêtres étanches au gaz, retrouvées dans les gravats du crématoire IV après

son dynamitage par les SS le 22 janvier 1945. C'était par ces fenêtres étanches,

réparties à raison de 6 par crématoire, que les SS versaient le Zyklon-B dans les

chambres à gaz des crématoires IV et V.


Avez-vous informé Faurisson de vos découvertes?

Rentré en France en septembre, je n'avais rien de concret à montrer à Faurisson, sauf

lui faire part qu'existaient des pièces qui contredisaient ses dires, pièces que les parties

adverses étaient en train de lui communiquer, malheureusement noyées dans un fatras

de témoignages inexploitables parce que sans critique historique. Je suis retourné

deux fois assez longuement au musée d'Oswiecim où j'ai commencé à étudier

sérieusement les dossiers. Durant ces séjours, des discussions historiques tendues

m'opposèrent à Iwaszko, parce que mes doutes persistaient. Et puis, je suis tombé sur

les premières «traces d'aménagement criminelles» du crématoire IV, que personne

n'avait vues depuis 1945. De retour, j'ai averti Faurisson de mes trouvailles. Comme

tous les autres auparavant, cet entretien crucial se déroula le 27 novembre au domicile

 

parisien de Pierre Guillaume, l'éditeur de Faurisson, où logeait ce dernier lors de ses

déplacements à Paris. Ne possédant pas de photos de ces pièces, je leur ai demandé de

me croire sur parole et leur ai dit qu'il traînait beaucoup trop de traces et d'anomalies

«gazeuses» dans les dossiers du musée d'Oswiecim pour continuer à prétendre que les

chambres à gaz homicides d'Auschwitz-Birkenau n'en étaient pas.


Quelles ont été leurs réactions?

Faurisson déclara qu'il ne pourrait se prononcer que lorsqu'il verrait les documents en

question, ce qui était normal. Même attitude pour Guillaume qui suivait aveuglément

Faurisson.


Ont-ils pris en compte ce que vous rapportiez du musée d'Auschwitz?

Non, ils ne pouvaient plus. J'ai compris que, quel que soit le résultat de mes

recherches, Faurisson et Guillaume, étaient trop engagés dans les divers procès en

cours pour faire machine arrière. A partir de ce moment-là, je devins gênant.

Poursuivre l'étude des crématoires signifiait travailler contre eux. Faurisson biaisa. Il

orienta mes investigations, avec mon accord et afin de ne lui pas faire de tort, vers les

installations d'épouillage des effets des détenus au camp d'Auschwitz afin de

démontrer que, si l'acide cyanhydrique avait été utilisé dans certaines pièces des

crématoires, c'était afin de tuer les poux des vêtements et non les hommes. [628]

L'idée était astucieuse, mais impuissante contre la réalité historique. Pourtant, ce

travail était nécessaire, voire obligatoire, et Faurisson aurait dû le mener lui-même,

avant de conclure. Il se serait aperçu qu'on pouvait employer le gaz cyanhydrique sans

difficulté dans des installations très sommaires, à condition qu'elles soient équipées de

ventilateurs pour expulser le toxique.


Furent ainsi répertoriées toutes les « Entlausungsanlagen/installations d'épouillage» du

camp. Au camp central d'Auschwitz, existèrent trois chambres à gaz d'épouillage au

Zyklon-B: une au rez-de-chaussée du Block 1 et deux au premier étage du Block 3. Y

fut aussi projetée à proximité du bâtiment de réception des détenus l'installation d'une

batterie de 19 cellules d'épouillage au Zyklon-B de type «DEGESCH», la firme

diffusant ce produit. Au «Canada I», l'entrepôt de stockage des effets récupérés sur les

juifs, une autre. A Birkenau, encore deux dans les bâtiments BW 5a et 5b. Bien plus

tard, dans les pièces de la Bauleitung SS conservées aux Archives du KGB à Moscou,

j'en découvrirai de nouvelles, destinées à l'épouillage des vêtements des ouvriers

civils du complexe concentrationnaire. Sans compter les

«Entwesungsanlagen/installations de destruction des parasites» fonctionnant à l'air

chaud, au Zentral Sauna, au camp des Tsiganes et dans le secteur dit «Mexico», les

trois situées à Birkenau. Sans oublier les autoclaves marchant à la vapeur: un dans le

Block 26 du camp central et cinq à Birkenau. Faurisson utilisa ultérieurement cette

étude pour susciter le «Rapport Leuchter». De mon côté, elle me servit d'abord à

établir que 95 % du Zyklon-B livré à Auschwitz était employé à l'épouillage et que

seuls 5 % maximum servait à asphyxier les juifs, au contraire des dires de Raul

HILBERG, et ensuite à prouver qu'a Maïdanek, des pièces présentées par les Polonais

comme des chambres à gaz homicides n'étaient que des chambres d'épouillage. Le

comique grinçant de cette affaire est que l'idée de Faurisson se vérifia à Maïdanek,

mais non à Auschwitz.

 

Une notion essentielle se dégagea de ce travail: l'aménagement constant des

installations ou leur transformation en fonction des besoins ou des ordres supérieurs.

Ainsi, l'épouillage au gaz cyanhydrique fut interdit par Berlin dès 1940 et devait être

remplacé par l'air chaud. Seulement, le Zyklon-B était rapide et efficace, utilisable

dans n'importe quelle pièce qu'on étanchéifiait et équipait d'un ou des ventilateurs. Les

pièces à air chaud nécessitaient un matériel plus complexe et plus coûteux. Les SS

préférèrent s'en tenir à une méthode sûre, donc à l'acide cyanhydrique. Par exemple à

Birkenau, la chambre à gaz d'épouillage du bâtiment BW 5a, après avoir fonctionné

au Zyklon-B, fut aménagée pour l'emploi de l'air chaud, au contraire de celle du BW

5b qui resta dans son état premier. A Auschwitz, les 19 cellules DEGESCH du

bâtiment de réception ne reçurent jamais leur équipement de diffusion du Zyklon-B.

On pensa y utiliser un autre gaz, l'areginal (du formiate de méthyle), fourni par l'I.G.-

Farben, mais ce projet fut aussi abandonné, toujours faute de matériel adéquat. En

dernier lieu, une partie de l'installation, construite mais inutilisée, servit de station

d'épouillage expérimentale avec deux postes où était appliqué un champ d'ondes

ultracourtes, mis au point par la firme Siemens de Berlin. A Maïdanek, le bloc

d'épouillage subit trois modifications successives: d'abord, il fonctionna à l'air chaud,

puis au gaz cyanhydrique et enfin, il fut aménagé pour tuer des inaptes au travail avec

de l'oxyde de carbone. Rien n'était fixe et chaque bâtiment évoluait en fonction du

rôle souhaité selon les circonstances. Cette évolution structurelle, que j'avais déjà

rencontrée au niveau des crématoires, se vérifiait pour d'autres ensembles et devint le

pivot principal de mes conclusions ultérieures,

( a suivre )