Partager l'article ! Entretien avec Jean-Claude Pressac (1/4 ): Entretien avec Jean-Claude Pressac Après avoir effectué un premier entretien avec M. Press ...
Entretien avec Jean-Claude Pressac
Après avoir effectué un premier entretien avec M. Pressac, ce dernier a estimé qu'il
était nécessaire de le remanier entièrement. L'entretien qui suit n'est donc pas une
retranscription fidèle de l'enregistrement. Ce texte a été rédigé puis saisi sur
ordinateur par Jean-Claude Pressac; nous le reproduisons tel qu'il nous a été remis,
sans corrections. Certaines questions n'ont pas été posées par l'auteur. Il va de soi
que les propos de Jean-Claude Pressac n'engagent ni Valérie Igounet, ni les éditions
du Seuil.
Pourriez-vous évoquer votre itinéraire jusqu'aux années quatre-vingts? Comment
devient-on révisionniste?
Peu après le procès d'Eichmann à Jérusalem, j'ai lu La mort est mon métier,
autobiographie romancée par Robert Merle du premier commandant du camp
d'Auschwitz, Rudolf Höss. Très jeune, vers dix-huit ans. Comme j'envisageais alors
de préparer l'École Militaire de Saint-Cyr, le livre de Merle m'a fait prendre
conscience de la nature et de la limite des ordres, qu'en tant qu'officier, j'aurais à
recevoir et à donner. Pourrais-je, comme lui, obéir aveuglément et faire anéantir des
centaines de milliers de personnes sans frémir? Plus prosaïquement, pourrais-je
ordonner à une centaine ou plus de jeunes hommes d'aller se faire tuer et, dans la
plupart des cas, pour rien? La réponse fut non. J'abandonnai l'idée d'une carrière dans
l'armée et devins pharmacien.
Vers trente ans, j'ai entrepris de réaliser un ouvrage de politique-fiction - une
chronique politico-militaire d'un autre futur - dans lequel j'étudiais la possibilité d'une
victoire complète du Troisième Reich en Europe, se terminant pourtant par une
défaite dans les années cinquante, entraînée par la puissance nucléaire américaine.
Contrairement à maints auteurs qui définissent une fois pour toute le cadre de leur
livre, chacun de mes chapitres devait se tenir dans un lieu différent et traiter d'un
thème particulier. Furent écrits plusieurs chapitres: sur l'action de la Milice
française, sur la dernière opération de ce corps le 6 juin 1944, sur la semaine de la
«Grande Pagaille» à Paris en juillet 1944 avec l'intervention de la division SS anglaise
«Black Prince», sur la formation des officiers SS européens à Bad Tölz fin 1944 et sur
les deniers combats en Écosse de l'été 1945, achevant en août la campagne
d'Angleterre et provoquant la déclaration de guerre des États-unis en septembre 1945.
Le premier et le dernier des chapitres écrits étaient axés sur les questions atomiques.
Les suivants devaient porter sur les armes secrètes à Peenemünde et en Prusse
orientale, les traces de la «solution finale» à Auschwitz, la guerre de partisans en
Yougoslavie, la colonisation allemande de l'Ukraine, etc.
Mon écriture dépendait de mes ressources financières et de mes voyages de repérage
pendant les vacances. Je devais connaître les endroits - région, cité ou bâtiment - que
j'évoquais. Ainsi, la visite de Zagreb, anciennement Agram, la capitale de l'État
croate, trois fois projetée, fut à chaque fois reportée, et ne put s'effectuer. C'est au
cours du travail préparatoire sur le chapitre d'Auschwitz que ma recherche a mal
tourné et ce, fin octobre 1979.
Pourquoi dites-vous que votre recherche a mal tourné?
Si elle avait bien tournée, c'est-à-dire si j'avais réussi à obtenir une documentation
claire et précise sur le K. L. Auschwitz, mon récit de ce futur «autre» serait achevé
depuis belle lurette, aurait été publié ou non, et je ne serais pas en train de répondre à
vos questions.
En août 1966, bien avant que je me mette à écrire, j'avais visité le musée d'Auschwitz
et fus probablement un des rares Français de ma génération à m'y rendre. Ayant
acheté sur place quelques livres, lorsque j'ai voulu m'en servir en 1979, le résultat fut
désastreux. Soit les explications des historiens polonais étaient lamentables, soit je ne
compris rien. Mes souvenirs ne m'aidèrent pas plus. Je situais mal les crématoires, en
saisissais encore moins l'arrangement intérieur que Robert Merle avait pourtant décrit
dans son roman (une immense salle de gazage pour 3.000 personnes desservant celle
des fours par quatre ascenseurs). Par chance, la télévision allait diffuser le feuilleton
américain Holocauste, diffusion que j'attendis avec une impatience fébrile. Ce que je
n'avais pas prévu, est que la scène, censée avoir été tournée devant les fours ronflants
d'Auschwitz, l'avait été à côté d'un four de Mauthausen. J'avais négligé que la vérité
historique est absente des productions américaines destinées avant tout à produire de
l'argent. Mais, sur le moment, ignorant ce «détail» gênant, je nageais en pleine
confusion, n'arrivant plus à faire correspondre cette scène et mes souvenirs. A
Birkenau en 1966, j'avais vu des ruines, mais aucun panneau n'indiquait leur fonction
ni n'expliquait ce qui s'y était passé. Sur place, j'avais rencontré un gardien polonais,
ancien membre d'une brigade internationale en Espagne, qui me raconta que dans le
crématoire VI - alors qu'il n'en existait que cinq - les gens étaient électrocutés et
incinérés automatiquement, à la chaîne. Il répétait les allégations d'un article de la
Pravda Chroniques de la libération du camp, 1945 , de ce qu'on a appelé par la suite L'Album d'Auschwitz
(photos diffusées initialement par le musée juif de Prague) et de «L'Album de la
direction des constructions SS» (retrouvé et acheté ultérieurement par le Yad
Vashem). Pour la dernière source, les détenus travaillant au laboratoire photo du camp
avaient réalisé clandestinement de petits clichés par contact direct entre le négatif et le
papier réactif et les avaient placés dans deux bouteilles qui furent enterrées. Une
seule, avec une cinquantaine de photos, resta intacte et fut récupérée à la libération.
J'avais commencé à douter de l'existence même des crématoires avant mon
déplacement en Pologne. Or, sur plusieurs photos présentées, je les voyais
parfaitement et même en cours de construction. M'ont particulièrement intéressé les
plans d'implantation SS de ces bâtisses que les Soviétiques avaient filmés. A l'époque,
mon allemand était laborieux. Par contre, j'ai un coup d'oeil d'architecte inné et un plan
me renseigne plus sur un bâtiment ou une installation qu'un dossier descriptif. J'avais
alors presque atteint mon but: fixer le cadre d'évolution du principal personnage de
mon livre dans le complexe concentrationnaire d'Auschwitz-Birkenau. Il ne me
manquait encore qu'une chose et ma recherche était terminée: le ou les plans des
crématoires. Ce que j'ai demandé - comme on lance une bouteille à la mer - au
conservateur. Ils existaient et Iwaszko m'a apporté les originaux dessinés par la
Direction des constructions SS du camp (la «Bauleitung»).Ce que j'allais
découvrir dans ces «bleus» - dont certains étaient magnifiquement colorés -
bouleversera de fond en comble ma dite «calme petite vie de pharmacien de
banlieue».
Dans sa présentation des plans, Iwaszko commit une énorme faute, involontaire, car il
était dans l'impossibilité de s'en rendre compte sur le moment. Sont conservés au
musée d'Auschwitz dix-sept plans des crématoires - II, III et IV (valables aussi pour le
V) - établis par la Bauleitung SS, sans compter ceux des entreprises civiles de la
HUTA de Kattowitz et de la Konrad SEGNITZ de Beuthen (neuf en tout). Le premier
plan SS des crématoires de Birkenau se rapportant au II fut dessiné le 15 janvier 1942
et le dernier le 19 mars 1943, peu avant son achèvement. Or, il existe une différence
radicale entre ces plans. Sur le premier, le bâtiment n'est pas criminel au moment de
son dessin. Sur le dernier, plusieurs modifications ne peuvent s'expliquer que parce
que le bâtiment est devenu un instrument criminel.
A l'époque les historiens croyaient que, selon les dires de Rudolf Höss, l'ordre
d'extermination des juifs avait été donné par Himmler à la fin de l'été 1941. On sait
maintenant que Höss s'est trompé de date et le reçut, pour son camp, début juin 1942.
Conséquence directe de cet ordre prétendument donné à l'été 1941, un premier gazage
expérimental avait été pratiqué dans les caves d'un bloc du camp principal du 3 au 5
septembre 1941 et la Bauleitung SS d'Auschwitz avait dessiné en janvier 1942 le plan
d'un crématoire avec chambre à gaz, permettant d'accomplir cette mission. Donc,
Iwaszko, croyant bien faire et les sachant «chronologiquement correct», me montra
les plans de la série dite «930» de début 1942, persuadé de leur criminalité. En effet,
le n· 932, plan du sous-sol, comportait deux morgues semi-enterrées, désignées de
«Leichenkeller» ou «L-Keller» 1 et 2. La 1 était ventilée, avec aération et désaération.
La 2 ne l'était pas. Il était très tentant et même logique d'affirmer que la 1 était une
chambre à gaz d'où le toxique gazeux pouvait être extrait, alors que la 2, sans une telle
installation, servait de vestiaire aux victimes. Comme, pour un oeil non averti, tous les
plans se ressemblaient, n'étaient montrés que les premiers du crématoire II, de belle
facture, au contraire du dernier, à peine lisible.
Un aménagement du «932», dessiné le 23 janvier 1942, m'a paru bizarre. L'entrée de
la «L-Keller 1» était équipée d'une porte à double battant. J'ai pensé qu'il serait plus
rationnel pour une chambre a gaz de m'en avoir qu'un seul. Puis, je suis passé à la
disposition du crématoire IV. Sur le plan n' 2036 du II janvier 1943, les victimes
pénétraient dans une grande salle centrale, étaient dirigées vers trois pièces de gauche
où elles étaient gazées, traînées de nouveau au centre de la bâtisse et incinérées au
[617] fur et à mesure dans un four à 8 creusets incinérateurs se trouvant à droite. Ce
circuit était absurde et je l'ai fait remarquer à Iwaszko. Il aurait dû être ordonné
comme suit: vestiaire donnant dans une chambre à gaz, débouchant elle-même sur une
salle des fours.
Iwaszko commit alors une erreur psychologique grossière. Au lieu de m'avouer qu'il
n'y comprenait rien lui-même, que ces plans posaient problème, il préféra m'imposer
ces données inexpliquées en déclarant -. « Sie müssen das glauben [Vous devez croire
cela]». Propos d'une maladresse insigne, tenu à un Français, membre d'un peuple
réputé pour son esprit cartésien et son sens critique. Iwaszko venait de déclencher
mon révisionnisme.
Il aurait pu «répondre» autrement à mes doutes, en me montrant les plans successifs
du crématoire II et, en particulier, le dernier dessiné au moment de sa livraison en
mars 1943. Aurais-je été capable alors de distinguer les différences entre ces plans? Je
pense que oui - vu mon approche exclusivement architecturale - et les aurais signalées
à Iwaszko. Conjoncturer de la suite des évènements à partir de cette hypothèse est
difficile. Surtout qu'Iwaszko, constatant mon attitude réservée à l'égard de ses
explications «crématoires», ajouta: «Ne faites pas comme Laurisson!» J'appris que ce
Laurisson était un «très mauvais» Français qui était venu, lui aussi, aux Archives du
musée et qui, comme moi, ne trouvait pas très clairs les commentaires des historiens
polonais sur les crématoires. Ce fut la première fois que j'entendis parler de Faurisson.
Malheureusement, la deuxième intervint le lendemain, le 1er novembre 1979, le jour
de la Toussaint. Ayant eu des problèmes de démarrage avec ma voiture de location au
moment de mon départ du musée, j'ai demandé de l'aide à des compatriotes se
trouvant sur place, d'anciens détenus revenus en pèlerinage. Ils furent très intéressés
par ma démarche, mais virent aussi ma réserve sur certains points. Et là, de nouveau,
apparut dans la conversation ledit Laurisson, modèle à ne pas suivre. Ces deux
mentions trop rapprochées de cette personne, qui semblait-il, avait eu auparavant des
doutes semblables aux miens, m'intriguèrent au plus haut point et je décidai de me
renseigner sur lui, voire de le rencontrer.
De retour en France, j'ai cherché qui était ce Laurisson. Il s'agissait d'un professeur
d'université, Robert Faurisson - orthographe phonétique rectifiée - habitant Vichy. Je
lui ai téléphoné et ce fut une explosion cérébrale. Je pensais en savoir beaucoup sur
Auschwitz. Il en savait cent fois plus que moi. Il m'affirma que le fonctionnement des
chambres à gaz homicides, tel qu'il était présenté dans sa simplicité extrême, aurait
conduit à tuer tout le monde, juifs et SS. Pour étayer ses dires, il s'appuyait sur l'étude
des chambres à gaz d'exécution qu'il avait réalisée aux États-[618] Unis. D'un côté,
selon les Mémoires du premier commandant du camp, Rudolf Höss, d'immenses
locaux où étaient asphyxiées trois mille personnes d'un coup - affirmation polonaise -
avec une technique primitive faisant fi de toute règle de sécurité, pourtant obligatoire
avec un toxique aussi puissant que l'acide cyanhydrique; d'un autre côté, des
installations sophistiquées avec un mode opératoire précis et complexe destinées à
exécuter un seul condamné. De plus, la superficie de la chambre à gaz actuelle du
crématoire 1 ne correspondait pas aux plans de la bâtisse conservés aux archives du
musée et tout gazage homicide dans cette pièce - visitée journellement par des milliers
de touristes - était impossible, puisqu'une de ses portes comportait une ouverture
vitrée à hauteur d'homme, vitre qui ne pouvait qu'être brisée par les victimes.
Il n'y avait pas une réelle concordance de vue entre nous. Faurisson avait étudié le
fonctionnement des chambres à gaz homicides d'Auschwitz et des absurdités qu'il y
avait découvertes il concluait que les SS n'avaient jamais pu y tuer les millions de
juifs comme l'affirmaient les survivants et les Polonais. Moi, j'étais troublé par
l'arrangement des bâtiments crématoires qu'Iwaszko m'avait présentés comme
criminels et qui ne l'étaient pas. Mais, chacun, avec ses propres critiques et réflexions,
apportait de l'eau au moulin de l'autre.
S'instaura ainsi une collaboration qui dura six mois. Faurisson me forma à la critique
historique - ce que certaines personnes me reprocheront toujours. L'établissement d'un
fait exige de solides preuves. Elles peuvent se trouver dans les écrits personnels ou
témoignages des participants (SS et détenus) à condition d'être indépendants les uns
des autres, être recherchées dans la correspondance et les écrits officiels des SS, sur
les photos existantes et dans les ruines ou bâtiments restants. Or, dans cette histoire et
depuis quarante ans, avaient été privilégiés exclusivement les dires des déportés,
considérés comme sacrés. Toute parole SS n'était que mensonge, sauf si elle chargeait
encore plus leur culpabilité. Tout écrit SS était code. On ignorait la clef du codage,
mais le décryptage était connu d'avance: des termes inoffensifs devenaient comme par
enchantement «fusillades», «gazages», «chambre à gaz», etc. Tout était tourné d'une
manière négative. Les crochets pour suspendre les ringards dans une salle de fours
d'incinération ne pouvaient servir qu'à pendre des détenus. Lorsque ces derniers
prenaient une douche, ce n'était pas une douche normale, mais une douche-torture (en
alternant les flux d'eau froide et d'eau chaude) ou une douche-gaz (diffusion d'acide
cyanhydrique gazeux par les pommeaux, ce qui est impossible en physique). Cette
crainte d'une douche-gaz, le réalisateur américain Steven Spielberg l'exploite à fond -
commercialement et au mépris de la vérité historique - dans son film La liste de Schindler en présentant une installation totalement inconnue dans les camps de
concentration, la chambre à gaz pouvant doucher. SPIELBERG semble croire au
fonctionnement mixte des chambres à gaz-douches dont les pommeaux diffusent soit
du gaz, soit de l'eau. Il recycle à son profit un bobard provenant de Dachau.
L'épouillage au Zyklon-B d'une baraque de logement des détenus mesure d'hygiène
prophylactique visant à tuer les poux transmetteurs du typhus - n'était qu'une méthode
différente de tuer, car les détenus devaient délaisser leur baraque pour 24 heures ce
qui était pour eux une vraie catastrophe parce que l'épisode se situait obligatoirement
en hiver et qu'ils restaient au dehors dans un froid glacial. Malheureusement, une
épidémie de typhus ne se déclenche qu'au printemps ou en été, donc par un temps
relativement ou carrément clément. Que ce soit une impression subjective ou une
réalité, en milieu concentrationnaire, tout paraît noir et négatif à la masse des détenus.
Ainsi après guerre, des chambres à gaz d'épouillage pour les vêtements, appelées
parfois dans les rapports allemands Entwesungskammer, littéralement des «chambres
d'enlèvement de la vie», furent considérées comme des chambres à gaz homicides,
parce qu'on y ôtait la vie. Ce n'étaient pas les hommes qu'on y tuait, mais les poux.
Progressivement durant mes séances de travail avec Faurisson, j'ai appris qu'il était
engagé dans plusieurs procès. L'un d'eux portait sur ses conclusions abruptes relatives
à la chambre à gaz du K. L. Natzweiler-Struthof, en se référant aux aveux d'un des
anciens commandants du camp, le capitaine SS Josef Kramer. Ce dernier avait déclaré
avoir gazé fin août 1943 environ quatre-vingts détenus sélectionnés venant
d'Auschwitz, lesquels devaient servir à un médecin SS, le Professeur HIRT de
Strasbourg, désirant constituer une collection de crânes. Pour cela, KRAMER avait
versé de l'eau sur des «sels» et obtenu un dégagement d'acide cyanhydrique gazeux.
En chimie, un acide plus une base donne un sel et de l'eau. Mais, la réaction n'est pas
réversible. Donc, impossibilité chimique. Pour Faurisson, le SS avait raconté
n'importe quoi et rien n'était vrai. Maintenant, on pense qu'il a employé les produits
suivants: un acide cristallisé mélangé avec un cyanure de sodium ou de potassium. En
milieu anhydre, le mélange à l'apparence d'un «sel» et est stable. Si on ajoute de l'eau,
il y a réaction et dégagement d'acide cyanhydrique. Ou bien, Kramer s'est servi d'un
produit bien connu dans la lutte contre les insectes, le «cyanogaz» ou cyanure de
calcium, dégageant en trois minutes du gaz cyanhydrique après hydratation. Mais à
l'époque, personne n'avait relevé et encore moins étudié cette incohérence apparente.
A cette occasion, les archives du procès militaire de Natzweiler furent consultables.
La justice militaire française avait réalisé un album photo[620]graphique intitulé
"Camp de concentration du Struthof », comportant de nombreuses vues extérieures et
intérieures du crématoire, de la chambre à gaz et surtout les plans de ces installations.
Le plan du crématoire montre que la bâtisse se divisait en deux parties: l'une réservée
à l'incinération et l'autre permettant aux détenus de se laver en prenant une douche et
de faire épouiller leurs effets par la vapeur dans une petite cellule mitoyenne. L'eau
chaude des douches provient d'un serpentin placé au-dessus du four d'incinération ou,
quand celui-ci ne fonctionne pas, d'un chauffe-eau avec un foyer au charbon. Cette
malheureuse salle de douches a été présentée, je ne sais combien de fois, comme une
chambre à gaz homicide avec le toxique gazeux «tombant» des pommeaux et malgré
des fenêtres que les victimes auraient fait voler en éclats. Avoir retrouvé
l'aménagement du crématoire dressé par la justice en 1945 permit de découvrir un
montage beaucoup plus grave, élaboré peu avant que le camp soit ouvert au public. Le
dépôt d'urnes se situait à côte de la salle d'autopsie et la pièce où logeaient les détenus
s'occupant du four près de l'entrée. La pièce des détenus comporte un lavabo au
contraire du dépôt d'urnes, où personne ne vit. Les fonctions des pièces furent
délibérément inversées. Les urnes furent transférées dans la pièce des détenus, avec
un lavabo ne servant plus à rien. Dans le dépôt d'urnes ainsi libéré furent placés des
châlits et sa porte, de facture normale, fut équipée de gros verrous afin de faire croire
que c'était une prison d'où les médecins SS - naturellement fous - venaient chercher
des cobayes pour assouvir leur manie de vivisections. Ce montage apparaît, lorsqu'on
le sait, tellement grossier qu'on est stupéfait de la bêtise et de l'aveuglement humains.
Initialement, le révisionnisme voulait dénoncer de telles tromperies, présentées pour
avaliser les pires excès de la mémoire concentrationnaire. Une personne comme
Faurisson est née de ces outrances. ( a suivre)