Camille !

Publié le par FAKIOU

Notre droit du travail est un droit de société riche

par camille sée

Les français ne connaissent pas grand chose en économie (et ce n'est évidemment pas l'éducation nationale qui pourrait les éclairer)

Nos concitoyens ont par exemple la naïveté de penser qu’une société privée est une d’entreprise de philanthropie qui emploie des salariés pour faire baisser le chômage ou permettre l’insertion des plus faibles.

Il n’en est rien, une entreprise est là pour faire des profits et cela est tout à fait naturel (dans une société ouverte où la concurrence s’exerce librement les profits ne sont jamais durables et la concurrence permet très vite de limiter ces profits). Contrairement à un slogan réducteur ("nos vies valent mieux que leurs profits") les profits d'une société sont indispensables à son développement. Ils témoignent de la qualité et de sa compétitivité et ne devraient pas être stigmatisés (mais beaucoup de français cherchent une revanche sociale par les urnes alors que seul leur travail et leurs efforts productifs pourraient la leur assurer).

Il vaut mieux une entreprise qui “dégraisse” mais survit à une période économique difficile qu’une entreprise forcée de garder ses salariés jusqu’à son dépôt de bilan. Les français envient le système danois de flexisécurité, mais ils doivent savoir que là-bas une entreprise peut  licencier très rapidement en cas de retournement économique.

Mais notre droit du travail est un droit de société repu qui part du principe que l'entreprise est une vache à lait qu'on peut traire à loisir, qui paie pour le social, les retraites, les allocs, le CE, le chômage. Que le lien de subordination est un quasi esclavage qui vaut bien toutes ces contraintes juridiques et réglémentaires.

L'entreprise qui a le malheur d'employer des salariés ne peut plus s'en défaire en France. Si elle va mal se séparer de ses salariés, cela lui coûtera tellement cher qu'elle le fera trop tard et avec le risque de disparaître totalement.

Le cas médiatisé et récent de la société Olympia est emblématique. Voilà une société qui avait négocié le départ de ses salariés il y a quelques années et s'était abstenu de toute provocation en faisant des offres de travail en Roumanie à 110 euros par mois. Il s'agissait d'un accord avec les syndicats de l'usine entre gens intelligents. Mais pas de chance le droit et les inspecteurs du travail veillaient et cette société vient d'être condamnée à payer 2,5 millions d'euros aux salariés licenciés faute d'avoir fait des propositions de reclassement dans un autre établissement de la société (donc en Roumanie).

Si cette société doit payer cette somme elle quittera définitivement notre pays laissant encore 200 salariés sur le carreau, mais ce n'est pas grave notre magnifique droit du travail survivra à la crise et bientôt le salariat rincé en France n'aura même plus besoin de code du travail.

Evidemment l'idéal aurait été de garder la production de chaussettes en France mais qui est encore prêt à payer 10 euros pour une paire de chaussettes ? Pas grand monde et les pauvres qui font leurs courses dans les solderies et les hypers hangars contribuent à détruire leurs emplois.

Mais le citoyen-travailleur-électeur est schizophrène, il veut acheter des produits toujours moins chers  mais avec des emplois bien payés + une immense protection sociale (en gros il veut le beurre et l'argent du beurre).

Puisque ce citoyen consommateur ne fait pas de choix vertueux (acheter plus cher des produits fabriqués en Europe par exemple) ce sont les entreprises qui font des choix pour lui en licenciant quand elles ne parviennent plus à vendre leurs produits et services.

Nous avons désormais fait le tour des potions magiques économiques qui  nous assuraient un confortable niveau de vie sans grand travail : la productivité des années 60, la mondialisation des années 70 et 80 puis la dette des années 1990/2000. Désormais le roi est nu et nous n'avons qu'une issue : vivre moins riches, cesser de gâcher et de nous éblouir de slogans passéistes. Pour cela il va falloir aussi ouvrir les yeux avec un monde de 7 milliards d'habitants et plus de 1 milliard de travailleurs pauvres, la gauche pourra-t-elle entendre et comprendre que le temps du changement de positionnement est venu ?

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